No Kill

POURQUOI ET COMMENT CREER UN PARCOURS NO-KILL ?

Pourquoi ?

Là où ces parcours ont été instaurés (beaucoup à l'étranger et quelques uns en France), leur succès auprès des pêcheurs sportifs est indéniable, pour plusieurs raisons:

  • Ces parcours ne sont pas (ou peu) sollicités par des procédés de pêche dommageables pour les poissons car ne permettant pas leur remise à l'eau dans de bonnes conditions.
  • L'état d'esprit des pêcheurs rencontrés sur ces parcours qui viennent avant tout pour pratiquer leur loisir (leur passion) et non avec l'intention de manger du poisson.
  • La densité de beaux poissons (d'une taille très supérieure aux ridicules tailles légales françaises), si rares sur la plupart des rivières de France.
  • L'engouement des jeunes pour de tels parcours où très souvent, seules des techniques plus sportives sont acceptées.

L'instauration de parcours no-kill répond à plusieurs aspirations:

o Favoriser la pratique de techniques de pêche aptes à attirer les jeunes

o Permettre de préserver les espèces sensibles (truite et ombre notamment) tout en permettant la pratique de la pêche et donc motiver les pêcheurs à la défense des milieux piscicoles.
o Remplacer les traditionnelles réserves totales de pêche (pillées souvent dès leur réouverture) par des parcours où seules la capture des espèces sensibles est interdite.

Ces aspirations nous ont conduit sur la Basse Rivière d'Ain à mettre en place, à compter de 2005, deux parcours no-kill (truites et ombres) supplémentaires (3 km) venant s'ajouter à celui déjà existant,soit un total de 5 km.

Les réserves totales de pêche, dans lesquelles les poissons jamais pêchés constituaient des proies faciles pour les braconniers, sont supprimées.
La quasi absence de gardiennage, autre que celui effectué par nos gardes bénévoles, et l'absence de pêcheurs dans ces réserves permettaient à certains d'opérer en toute quiétude.
Sur les parcours no-kill, la présence régulière de pêcheurs et l'"éducation" des poissons limiteront considérablement ces prélèvements illégaux.
Le résultat escompté, à savoir la préservation des salmonidés, sera au moins aussi bon et sans doute meilleur, tout en permettant aux pêcheurs de bénéficier de 3 km de plus à pêcher (sur un total de 35 km).

Comment ?

Que n'a-t-on entendu et lu à ce sujet ? Tout et son contraire assurément.

Il est bon de rappeler qu'en France, les Associations Agréées de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA) doivent se conformer au Code de l'Environnement (anciennement Code Rural), c'est à dire aux règlements nationaux (lois et décrets) auxquels peuvent s'ajouter des règlements départementaux (arrêtés préfectoraux). Les cours d'eau frontaliers (comme le Doubs à Goumois) font exception à cette règle et sont soumis à un autre régime juridique.

Par contre, les règlements intérieurs d'AAPPMA ne peuvent en aucun cas modifier les lois, décrets et arrêtés préfectoraux. Tout règlement intérieur visant à modifier les textes réglementaires est illégal et devrait (normalement) entraîner des sanctions de la part de l'administration de tutelle (DDA ou DDAF…) pouvant aller jusqu'au retrait de l'agrément de l'association, c'est à dire sa disparition.

Il est donc illégal de mettre en place des parcours no-kill par voie de règlement intérieur. En pareil cas, il serait illusoire de prétendre verbaliser les contrevenants qui pourraient eux, par contre, faire sanctionner l'AAPPMA.

Quant au retrait du permis de pêche ou au refus de distribuer un permis l'année suivante, ils sont tout à fait illégaux eux aussi et sont passibles de sanctions. Une AAPPMA ne peut légitimement refuser de délivrer un permis qu'à un pêcheur ayant commis une infraction.
On le voit donc, si une AAPPMA veut mettre en place un parcours no-kill, une seule solution:


Obtenir un arrêté préfectoral, comme cela est possible conformément à l'artcle R236-30 du code de l'environnement.

Comment ?
1°) définir précisément un projet: espèces concernées par le no-kill (souvent truites et ombres), modes de pêches limités, ardillon interdits, limites précises du parcours, etc…

2°) s'assurer qu'une majorité de membres du bureau (souvent appelé conseil d'administration) de l'AAPPMA ne soit pas hostile (parfois le mot est faible) au projet. Discuter, expliquer, argumenter et s'armer de beaucoup, beaucoup de patience et de psychologie…

3°) présenter le projet à l'assemblée générale de l'AAPPMA (gilet pare-balles et casque peuvent s'avérer utiles…). Le faire voter et approuver à la majorité des présents (partisans du projet: venez très nombreux et exigez que seuls les membres de l'AAPPMA puissent voter, cartes de pêche à l'appui). En cas d'approbation (bravo, vous avez su convaincre…), la faire inscrire sur le compte-rendu de l'assemblée générale (ce qui implique qu'il y en ait un…).

4°) muni de ce compte-rendu, l'AAPPMA doit alors demander l'avis de la Fédération Départementale qui s'appuie sur l'avis du CSP régional (là encore, patience et psychologie de rigueur, ajouter une bonne dose de détermination).

5°) en cas d'avis favorable de la Fédération, la demande est transmise à la DDAF (Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt) qui instruit la demande pour le compte du Préfet. Ce dernier signe ensuite l'arrêté préfectoral tant espéré (OUF!). Ce peut être un arrêté indépendant ou bien une des mesures de l'arrêté réglementaire permanent qui paraît en début d'année et réglemente la pêche dans le département.

6°) informer largement les pêcheurs, par voie de presse, par des plaquettes d'information remises avec les permis, par des panneaux le long du parcours et à tous les accès, surtout si le parcours concerné fait partie du domaine public comme sur la Basse Rivière d'Ain (à titre indicatif: 50 panneaux pour le no-kill de 2 km de Pont de Chazey).

7°) effectuer un gardiennage rigoureux (dès les premières minutes de l'ouverture… car c'est bien connu, quand il fait encore nuit, on voit moins bien les panneaux…sauf si ceux-ci annoncent bière à volonté).

Impératif: notez les meilleures anecdotes. Vous allez voir, la mauvaise fois de certains n'a d'égal que leur goût pour la truite au beurre ou l'ombre à la crème.

Vous verrez comme nous des pêcheurs préparant leur canne, le scion posé sur une pancarte (jaune vif, taille 40x50 cm) jurant leurs grands dieux qu'ils n'ont vu aucun panneau.

Vous verrez également des pêcheurs vous jurant qu'ils ne tuent aucun poisson…et pourtant qui vous demanderont : " mais, Monsieur c'est où la limite où qu'on peut les garder" ?

Vous verrez encore des pêcheurs vous disant: " oui je sais que les appâts naturels sont interdits mais moi je pêche au ver, c'est pas un appât naturel !!!" Réponse appropriée en pareil cas: le ver en cristal non mais tous les autres oui !

Vous entendrez souvent:" hein ! quoi ? pêcher sans les zardillons, … mais c'est quoi un zardillon, ou des nardillons…" ou encore " je pêche pas avec des ardillons moi, je pêche avec des teignes…"

Vous rencontrerez même peut-être ce pêcheur tentant de se dissimuler derrière la pile d'un pont, nous déclarant, bien qu'ayant rencontré des pancartes quel que soit le chemin pris pour venir, "je prends pas les chemins à cause du pollen, regardez mon œil, j'ai de la conjonctivite… alors je passe par les buissons ou qu'y a pas de pollen….si, si, je vous dis, regardez mon œil, il est tout rouge…"

Si vous en rencontrez plein des comme çà, faites nous le savoir.

Allez, bonne pêche, sans zarndillons.